Sommaire        Summary        Texte en anglais

_________________________________________________________

Commission " formation – exercice professionnel "

Frieda Brauneis
Vice-présidente chargée de l’exercice professionnel
E-mail : elfriede.brauneis@univie.ac.at

Marianne Leterme
Vice-présidente, chargée de la formation
E-mail : marianneleterme@swing.be

 

Introduction

De 1988 à 1998, la commission " Formation et exercice professionnel " a travaillé à la définition et à la description de ce qui constitue la base de notre activité professionnelle. Je vous citerai simplement ici ces travaux mais vous pouvez les découvrir complètement dans la publication des " 10 ans d’activité du CPLOL ".

  1. Déterminer le profil professionnel européen de l’orthophoniste – logopède ;
  2. Décrire la formation initiale des orthophonistes – logopèdes telle qu’elle existe à l’heure actuelle dans les différents pays de l’Union Européenne ;
  3. Proposer des minima incompressibles pour la formation initiale.
  4. Après avoir fait tout cela, la commission avait décidé de travailler sur le sujet dont l’actualité est brûlante et qui sera abordé demain au cours du forum, à savoir : la mesure de l’efficacité des traitements dans le domaine de l’orthophonie - logopédie.

    Notre commission a décidé de s’intéresser à ce sujet parce que d’une part, il intéresse directement notre exercice professionnel puisque c’est la question même de l’utilité de notre profession qui est posée. Et d’autre part, nous estimons que la formation des orthophonistes – logopèdes doit constamment s’ajuster aux nouvelles réalités de terrain, or la question de l’efficacité de nos interventions en est une.

    Première étape

    Au cours des discussions préalables que nous avons eues dans la commission pour préciser plus concrètement nos objectifs et pour déterminer la méthodologie que nous voulions utiliser, il nous est apparu qu’une première étape indispensable serait de déterminer une grille, une structure propre aux logopèdes-orthophonistes de l’Union Européenne qui permette de classer les troubles que nous prenons en charge. Pourquoi ?

    Loin de nous l’idée de refaire à l’échelle européenne le travail de l’Organisation Mondiale de la Santé, mais bien d’élaborer une grille, une structure commune aux orthophonistes-logopèdes de l’Union Européenne qui permette de classer les troubles qui relèvent de nos compétences.

    Préalables

    Les premières étapes de ce travail ont alors été d’une part de comparer les systèmes de classification utilisés à l’heure actuelle dans les différents pays de l’Union Européenne et d’autre part d’analyser de plus près la nouvelle mouture de la nomenclature élaborée par l’OMS, à savoir l’ICIDH Beta - 2.

     

    1. Les classifications des troubles dans les pays de l’Union européenne.

    Lors de notre dernière réunion de travail à Paris en novembre 1999, les classifications des troubles du langage utilisées dans les différents pays de l’Union Européenne nous ont été présentées. Outre la classification en elle-même, nous avions demandé à nos collègues d’autres informations qui nous permettaient de faire le point un peu plus complètement sur la question. Ainsi, en synthèse, avons-nous appris :

        1. permettre d’organiser le remboursement des interventions par les caisses d’assurance – maladie ; la classification reprend la liste des différents troubles dont le traitement peut être pris en charge par la collectivité ;
        2. faciliter la communication entre les différents protagonistes du domaine, c’est-à-dire entre les orthophonistes-logopèdes mêmes, entre ceux-ci et les autres intervenants paramédicaux, ou entre les orthophonistes-logopèdes et leurs patients ; la classification constitue une référence commune ;
        3. permettre de réaliser des études statistiques à propos des prises en charge dans le domaine des troubles du langage.

     

        1. qu’elles rendent les remboursements par les caisses d’assurance-maladie accessibles aux rééducations des troubles du langage ;
        2. qu’elles témoignent d’une reconnaissance de la profession par le domaine médical ;
        3. qu’elles permettent aux logopèdes-orthophonistes d’avoir une référence commune qui facilite les échanges ;
        4. qu’elles constituent une référence en cas de litige entre prescripteur et thérapeute.
        1. que des traitements spécifiques n’entrent dans aucune catégorie et ne sont donc pas remboursés ;
        2. souvent, les différentes catégories sont floues, ne donnent pas une définition claire du problème et sont donc inutilisables pour la recherche ;
        3. pour les patients, le langage utilisé – qui est souvent le langage médical - ne permet pas de comprendre de quoi il est question ;
        4. dans certaines de ces classifications nationales, tous les troubles pris en charge par les logopèdes-orthophonistes ne sont pas repris ou les critères utilisés pour définir les catégories ne sont pas judicieux ;
        5. parfois une mise à jour de la classification s’avère indispensable pour rendre compte des progrès des connaissances dans le domaine.

    La majorité des pays de l’Union Européenne travaillent à l’amélioration de leur classification pour tenter d’avoir un outil plus efficace dans la pratique quotidienne et pour apporter une réponse aux désavantages que nous avons cités.

    Je tiens à mettre en exergue la situation particulière présentée par nos collègues néerlandais parce qu’elle illustre cette actualité que j’évoquais et qui concerne la mesure de l’efficacité des traitements. Aux Pays-Bas, les orthophonistes-logopèdes qui travaillent en libéral doivent à l’heure actuelle encoder toutes les données relatives à leurs rééducations grâce à un logiciel qui leur a été fourni. Ces données sont : le trouble qui est à la base de l’indication d’une rééducation, avec une précision du degré de sévérité du trouble, le traitement réalisé, sa fréquence, etc.

    Toutes ces données sont centralisées et synthétisées et chaque logopède reçoit régulièrement une sorte d’évaluation de son travail puisque les informations qu’il a fournies sont comparées à l’ensemble des informations recueillies. On demande alors au praticien de revoir sa façon de procéder à la lumière des indications qu’il reçoit. Par exemple, s’il s’avère que pour un type de prise en charge la durée du traitement est plus longue chez lui que la durée moyenne qui a été calculée, il devra revoir sa façon de faire. Donc vous voyez que le nouveau but que s’est fixé la commission s’inscrit bien dans l’actualité de notre profession.

     

    2. L’ICIDH – 2.

    Lors de notre dernière réunion de travail à Paris, nous avons aussi reçu Jayne Lux. Celle-ci est une thérapeute du langage américaine qui a collaboré aux travaux de l’Organisation Mondiale de la Santé pour la révision de l’ICIDH (classification internationale des troubles, déficiences et handicaps).

    Elle nous a présenté la philosophie de ce travail, ses lignes directrices et les aspects qui intéressaient directement notre profession.

    Tout d’abord, elle nous a expliqué que les deux textes produits par l’O.M.S sont complémentaires : d’une part, l’ICD-10 est la dixième version de la classification internationale des pathologies : il s’agit donc d’une classification étiologique. D’autre part, l’ICIDH - 2 présente une classification des différentes fonctions du corps avec les troubles, les déficiences qui peuvent altérer ces fonctions. La révision de cette classification internationale a été réalisée pour s’adapter aux nouvelles réalités en matière de santé, par exemple l’allongement de l’espérance de vie, et également pour donner un outil de référence commun à toutes les personnes qui travaillent dans le domaine de la santé.

    Cette classification décrit l’ensemble des fonctions du corps et les pathologies qui peuvent les altérer selon des continuums, depuis le fonctionnement normal jusqu’à l’altération la plus sévère. Par ailleurs, la classification précise les conséquences que ces troubles entraînent d’une part dans les activités individuelles de l’être humain, d’autre part dans sa participation à la vie sociale. Les aspects sociaux et psychologiques sont également précisés. Des études scientifiques sont en cours pour tester l’utilisation de cette nouvelle classification.

    Il apparaît dès à présent que cette nouvelle version de l’ICIDH est un outil intéressant pour nous, orthophonistes-logopèdes, puisqu’il permet plus facilement de déterminer ce dont le patient a besoin en matière de traitement orthophonique.

    Toutefois nous en avons fait une analyse plus fouillée pour pouvoir donner à l’OMS l’avis des orthophonistes-logopèdes de l’Union Européenne au sujet de sa pertinence pour notre pratique professionnelle. Et c’est en nous fondant sur cette analyse que nous pourrons travailler à l‘élaboration d’une nomenclature européenne.

    Avril 2000