Summary
Sommaire Texte en anglais
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Approche holistique des difficultés de langage et de parole chez l’enfant
Patricia M. Sims
Dyer’s Nethercott Braunton
EX33 1HT DEVON
Tél. 01271 813648
Ce document repose sur des preuves empiriques accumulées au cours de vingt ans d’expérience en milieu clinique dans toutes sortes d’établissements et appuyées par des recherches conduites dans de nombreuses autres disciplines. Ce document recommande aux orthophonistes d’inclure dans leurs études de cas une gamme de traits de personnalité qui peuvent être reliés à la tension et à l’anxiété, dans le but d’acquérir une plus grande compréhension de maints troubles du langage et de la parole, la dyslexie, l’autisme, les troubles du comportement, les déficits d’attention et la maladie mentale. Ceci pour obtenir une meilleure prévention, un meilleur traitement et une efficacité accrue. Quand un enfant connaît des difficultés, elles vont généralement de pair avec certains traits de personnalité qui peuvent être liés à l’anxiété et à la tension, traits qui existaient avant ces difficultés. C’est seulement à travers la compréhension de ces traits que nous arriverons à une compréhension des problèmes.
Une vue d’ensemble
En tant qu’orthophonistes, nous occupons une position unique de par le fait (1) que nous rencontrons régulièrement des enfants de tous âges et traitons une gamme très étendue de problèmes chez ces enfants en situation duelle et (2) que nous avons de multiples occasions de discuter avec leurs parents. Aucune autre profession n’a la possibilité d’accéder à une telle vue d’ensemble, et par conséquent détient une telle capacité de recul par rapport aux difficultés des enfants, et ainsi il nous revient peut-être d’être les précurseurs d’une approche plus large des problèmes.
Tension et anxiété
La tension et l’anxiété sont des attributs normaux qui nous sont essentiels à tous, mais les gens diffèrent quant au degré auquel ils les possèdent et de la manière selon laquelle ils les manifestent. Je souhaite démontrer comment ces différences peuvent causer des variations dans le développement de l’individu. Dans ce document, j’utilise le mot anxiété dans le sens le plus large du terme allant jusqu’à la peur extrême, l’inquiétude et le stress. Les grandes peurs sont un phénomène commun dans l’enfance et il ne faut pas oublier que la panoplie complète des symptômes de dépression de l’adulte peut être manifeste chez les enfants dès l’âge de six ans (Angold, 1988). D’autre part, j’inclus dans le terme ‘anxiété’ des états de tension faibles qui peuvent conduire à un phénomène d’excitation excessive, à une intensité de sentiment légèrement exagérée, à de l’agitation ou même à une certaine gravité. La tension et l’anxiété dans les limites de la normale peuvent très bien être associées à des problèmes.
La tension ou l’anxiété inhérente (ou une prédisposition inhérente à l’une ou à l’autre) qui affecte les niveaux de tension d’un enfant n’existe pas hors de l’influence de l’environnement. De plus, nous avons de plus en plus de preuves que les hormones de stress de la femme enceinte peuvent affecter le foetus et avoir des effets à long terme sur le comportement et le développement de l’enfant (Van Reempts et al., 1996 ; Wadhwa et al., 1993 ; Weinstock, 1997). Les enfants qui ont été exposés au stress prénatal ont une plus grande incidence de déficits attentionnels, d’hyperanxiété et de comportements sociaux perturbés ; il semblerait aussi qu’ils soient peut-être plus disposés à des désordres d’ordre psychiatrique dans l’avenir (Weinstock).
L’enquête
Il est nécessaire de mener une enquête sur les traits de personnalité par le biais d’une discussion appropriée et sensée avec l’un des parents, sans cependant donner l’impression qu’on est à la recherche d’une quelconque anormalité. En fait, il est de plus en plus évident que l’anormalité n’est fréquemment qu’un comportement normal exagéré et que pour bien comprendre les cas à problèmes, il faut reconnaître l’importance de comprendre pleinement le comportement normal.
On peut consulter une liste de contrôle des traits de personnalité pendant une entrevue avec un parent. J’ai constaté que la plupart des parents participent avec enthousiasme à la discussion et que les enfants sont souvent heureux d’entendre évoquer leurs peurs et leurs habitudes ouvertement sans censure pendant qu’ils jouent.
Il est recommandé que l’étude des interprétations possibles et des effets des traits de personnalité soit inclue dans la formation des orthophonistes.
TRAITS DE PERSONNALITÉ
Actes de déconnexions
Un trait très important à considérer est celui qui consiste à décrocher. Tout un chacun s’y adonne car ce trait peut initialement avoir une fonction protectrice et il peut aussi apporter un certain plaisir. Cependant, certains enfants qui ont tendance à se sentir tendus ou anxieux, décrochent régulièrement ou expérimentent des moments d’arrêt de fonctionnement dans la salle de classe, souvent lors de l’exposé de directives. Si ce comportement devient habituel ou est déjà devenu habituel durant les années qui précédent l’entrée à l’école (i.e., programmé ou conditionné), les déconnexions peuvent être essentiellement involontaires – et non plus nécessairement déclenchées par l’anxiété. L’enfant peut se trouver incapable d’absorber, de retenir, de recouvrer et d’associer les idées face à toute information. Les problèmes d’association semblent être partagés par ceux qui sont atteints de dyslexie et d’autisme. La recherche effectuée par Utah Frith et ses collègues avec une tomographie d’émission de positrons supporte l’idée que la dyslexie est un problème d’échec devant l’association d’idées (Paulesu et al., 1996). Quand les déconnexions surviennent pendant la petite enfance à une échelle plus globale, on peut remarquer une gamme de difficultés sociales et cognitives, accompagnées d’états d’arrêt de fonctionnement volontaires et involontaires et d’une incapacité à associer et à analyser sémantiquement telles que les a décrites Donna Williams qui souffre d’autisme (1996).
L’existence du phénomène de l’acte de déconnexion a été établi à partir d’observations directes, de récits écrits et oraux de première main et à partir de témoignages de parents et de professionnels de l’enfance.
Evitement des contraintes
L’évitement des contraintes est un autre trait à visée protectrice que nous partageons tous. Cependant, quand il est poussé à l’extrême, il peut être obsessionnel et compulsif. Elizabeth Newson, lorsqu’elle décrit des enfants affectés d’une tendance prononcée à éviter les contraintes, parle de Syndrome Pathologique d’Evitement des Contraintes selon lequel les enfants sont obsédés par leur désir d’éviter, très manipulateurs, superficiellement sociables et ont un sens sous-développé de leur propre identité. Ce n’est pas en premier lieu la tâche elle-même qui est évitée, mais la contrainte (Newson,1989 ; Newson, 1996). J’ai, moi-même, c’est certain, rencontré de tels enfants, et il me semble que cette condition peut quelquefois cacher une hypersensibilité émotionnelle et une peur des situations sociales. La sociabilité superficielle peut faussement rassurer l’entourage que tout va bien. Comme avec tout autre comportement anormal, les symptômes semblent se trouver dans un continuum.
Il y a les enfants qui échappent à toute contrainte en vous faisant du charme, ceux qui distraient l’attention de l’adulte, parlent incessamment ou interrompent sans arrêt. Il y a ceux qui pleurent, qui perdent du temps, qui ignorent l’adulte, qui sont " fatigués ", qui ont mal à la tête, qui sont trop " occupés ", ou qui disent qu’ils vont faire ce qu’on leur a demandé dans une minute. Il y a ceux qui se mettent à rire, qui sont indisciplinés, ou qui disent que la tâche à remplir est ennuyeuse ou stupide. Il y a ceux qui répondent " Je ne sais pas " à tout ce qu’on leur demande et qui prétendent être ineptes. Il y a ceux qui emploient une variété de tactiques. C’est le degré et la persistance de l’action d’éviter qui la dénotent comme anormale plutôt que la forme qu’elle revêt.
Répétition et similarité
Là où les niveaux d’anxiété et de tension sont élevés, on observe souvent un comportement ritualiste ou répétitif, une adhérence à certaines routines, de l’ordre, des similitudes, de la méticulosité et une activité obsessionnelle (comparable au comportement quelque peu compulsif de beaucoup de personnes célèbres avant d’entrer sur scène, ou à celui de joueurs de tennis professionnels pendant un match difficile, etc.).
Ces traits se manifestent de façons variées. Dans certains cas, on peut noter une résistance modérée à tout changement et dans d’autres cas, une insistance exagérée à réclamer l’adhérence à la routine si bien que le déroulement de la journée de toute une famille est planifié autour des désirs de l’enfant pour avoir la paix. Alors que nous avons tendance à reconnaître un tel comportement quand il est extrême, des enquêtes de routine sur les traits de personnalité ont montré combien ce comportement était commun chez les enfants, à des degrés moindres et sous des formes habituelles.
Exemples : Chaque jour, à l’heure du coucher (qui ne varie jamais) Heather conduit sa mère à sa chambre, vide certains placards et éparpille leur contenu dans la pièce. Puis, elle regarde par la fenêtre et prononce les mêmes paroles qu’elle a prononcées la veille, et toutes les nuits précédentes. Gérard ne veut jamais permettre à sa mère de rester aider à la garderie ; elle ne reste pas d’habitude, par conséquent, elle ne doit jamais rester – ce serait manquer au règlement. James est bouleversé si l’on change l’itinéraire habituel. Tim porte les mêmes vêtements jour après jour, et il marche sur la pointe des pieds. Sashida change toujours les boîtes de conserve de haricots dans les rayons des supermarchés pour qu’elles soient toutes tournées du même côté.
D’AUTRES TRAITS
D’autres traits importants qui aident à jauger les niveaux de tension et d’anxiété incluent l’agitation et l’hyperactivité (indicateurs de tension élevée et d’excitabilité), la crainte, l’inquiétude, la sensibilité aux critiques, mouiller ou souiller son slip ou le lit, les habitudes liées aux activités telles que manger, dormir et marcher, les crises de colère, le degré de dépendance à la succion (y compris à l’action de sucer son pouce), l’hypersensibilité et l’hyposensibilité sensorielles et émotionnelles, le retard ou l’arrêt du développement, et la régression. Tout degré de l’acte de déconnexion peut résulter en une inactivité, une réserve, un mauvais sens du danger, un sens peu développé de sa propre identité, des difficultés à s’habiller, de l’égoïsme, une hypoacousie apparente, une tendance à l’auto-mutilation ou même quelque talent extraordinaire. Cela peut aussi contribuer à une latéralité indéterminée voire une latéralité à gauche. K.M. Cornish et I.C. McManus (1996) ont trouvé que des enfants normaux d’une population de contrôle sont plus latéralisés et plus logiques dans leur choix de la main pour écrire que les enfants autistes ou ceux qui connaissent des difficultés d’apprentissage. (23% des enfants autistes montrent une préférence pour la main gauche comparés à 11.5% des enfants qui connaissent des difficultés d’apprentissage et à 4.4% des enfants normaux de contrôle. Cette incidence d’enfants gauchers est en accord avec celle reportée dans d’autres études.)
Les interprétations possibles de la manière dont les traits trahissent la tension et l’anxiété sont facilitées par la façon dont ils se combinent. Tandis que, par exemple, la conduite très dépendante d’un enfant peut être née de la crainte, le reste de son comportement peut suggérer qu’elle est devenue rituelle.
Certains traits et des explications physiques
Alors que certaines explications physiques peuvent parfois être valides, elles peuvent être faussement attribuées à des traits. On ne peut pas, par exemple, considérer que le fait qu’un enfant bave ou qu’il soit maladroit, ne vienne pas d’un manque d’attention, ou que l’impulsivité ou un état de tension ne soit pas dans certains cas au moins un facteur contributif de la maladresse. Des réponses motrices manquant de précision ou des dyspraxies pourraient bien persister parce qu’elles ont été programmées dès le plus jeune âge – un peu comme le fait de loucher (strabisme) qui, lorsqu’on le traite tardivement, peut persister si l’on permet au cerveau de l’enfant de fixer le comportement.
Il faut savoir que les convulsions peuvent être de nature psychogénique (Lancman et al., 1994), comme peut l’être le strabisme (Douche et al., 1990), et les allergies sont apparentées à une sensibilité aiguë et sont une réaction disproportionnée qui peut être d’origine émotionnelle. On doit aussi garder l’esprit ouvert en ce qui concerne les déséquilibres chimiques, puisque ceux-ci peuvent aussi avoir une base psychologique. Cependant, l’acte de déconnexion peut difficilement revêtir les mêmes symptômes que la surdité.
Les troubles du langage et de la parole comme traits
Quand l’orthophoniste connaît et comprend les traits de la personnalité d’un enfant, il ou elle peut s’apercevoir que maints troubles du langage sont en fait des traits de personnalité (ou des traits secondaires) :
La prédominance des traits
Dans le Tableau 1 j’ai dressé la liste de certains traits et problèmes de personnalité vécus par douze enfants choisis sur la liste d’attente dans l’ordre selon lequel ils ont été vus ; il n’y a eu aucune sélection. Le tableau démontre la prédominance des traits de personnalité liés à l’anxiété et leur association avec des troubles du développement.
Tableau 1
Résumé de certains traits et difficultés rencontrés chez douze enfants suivis dans l’ordre selon lequel ils ont été vus :
|
Age de l’enfant et trouble du langage et de la parole |
Crainte/ sensibilité |
Comportement répétitif |
Déconnexions/ évitement/attention déficitaire |
Autre |
|
2ans 9mois |
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Développement lent du langage et de la parole |
Aime entendre sa mère répéter les mêmes choses |
Exigeant têtu |
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3ans 2mois |
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Développement arrêt du langage |
Pleure lorsqu’on le laisse à la garderie; réticent |
Développement en régression |
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3ans 1mois |
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Jargon; compréhension médiocre ; répétitions de mots et de sons |
Appelle sa mère en pleurant la nuit ; sommeil léger |
Rituels; répétition des mêmes questions |
Peut éviter ou déconnecter |
Se souille le jour; caprices sérieux; succion intensive ; appétit délicat |
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6 ans 2 mois |
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Retard du langage |
Très sensible aux critiques ; peur seul la nuit |
Ecoute mal les instructions ; choisit de ne pas participer |
Explosions de colère |
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3 ans 11 mois |
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Parle très vite ; latéralisation des sons; aime parler d’une voix stupide ; usage inapproprié des mots |
Attention limitée et aisément distrait mais peut aussi paraître préoccupé |
Excitabilité ; maladresse ; très gros appétit |
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3 ans 2 mois |
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Ne communique qu’avec des mots seuls et quand il veut |
Sensible aux critiques, et collant |
Ordonné et très méticuleux; résistant au changement ; répète les mots (ne bégaie pas) |
Ignore les gens |
Ni gaucher ni droitier ; réaction exagérée aux sons ; se balance parfois sur place |
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6 ans 6 mois |
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Ne parle pas couramment ; a des difficultés d’organisation du langage |
A peur des bruits; très sensible ; pose des questions révélant son anxiété |
Pose souvent les mêmes questions |
Regarde peu dans les yeux et s’engage peu |
Incontinence nocturne ; ne voit pas le danger ; s’habille lentement et mal |
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2 ans 4 mois |
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Ne parle pas encore mais commence à produire des sons |
Régulièrement effrayé; cauchemars ; sommeil léger |
Plutôt distant; ne réagit pas beaucoup |
Crises de hurlements ; eczéma ; gaucher |
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5 ans 6 mois |
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Retard de langage ; troubles d’apprentissage à l’école |
Se conduit souvent mal et certaine rigidité de la pensée |
Quelques comportements d’évitement |
Egocentriques ; manque d’empathie |
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4 ans 0 mois |
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|
Retard de langage ; mutisme sélectif; manque de clarté intentionnel |
Appelle sa mère la nuit ; pose des questions évoquant son anxiété |
Langage répétitif et conduite ritualiste |
Peut sembler en transe quand il déconnecte ; comportements d’évitement |
Caprices marqués ; plus observateur que la normale ; marche la tétine à la bouche ; appétit délicat ; gaucher |
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10 ans 0 mois |
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Troubles de l’expression et de la compréhension ; troubles de la mémoire et de la lecture |
Très réticent ; crises de panique ; anxiétés la nuit |
Instabilité motrice ; dépression |
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6ans 7mois |
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Troubles de la lecture ; langage désordonné |
Très sensible aux critiques |
Rêveur |
Remarque changements infimes autour de lui ; s’inquiète des plans pour la journée ; incontinence nocturne ; maladroit ; aime sucer son pouce |
Le chevauchement des traits et les traits en tant que symptômes
Les traits se chevauchent à travers les différents états et les différents symptômes, montrant que les états n’existent pas en tant qu’entités. Les tableaux 2, 3, 4 et 5 illustrent le fait que les symptômes dont la liste a été dressée par des sociétés, des groupes de support et des professionnels sont liés aux traits :
la dyslexie : La liste des symptômes communs dressée par la ‘British Dyslexia Association’ (Tableau 2) peut être liée à la tension et à l’anxiété (on note surtout les symptômes qui suggèrent l’acte de déconnexion dans les années pré-scolaires ou les années précédant l’accès à la lecture).
Tableau 2
Signes de Dyslexie
Avant l’âge scolaire
A l’école primaire
l’hyperactivité : Les symptômes réunis par le ‘British Hyperactive Children’s Support Group’ (Tableau 3) peuvent aussi être liés à la tension et à l’anxiété. Les enfants semblent être dans un état de tension qui les rend surexcités quand ils font ou veulent faire quelque chose ; il se peut qu’ils soient irritables ou énervés.
Tableau 3
Symptômes d’Hyperactivité
Le groupe souligne que le problème existe à des degrés divers et que tous les enfants ne manifesteront pas tous les symptômes.
Dans la petite enfance
Chez les enfants plus âgés (en plus des symptômes de la petite enfance)
Le groupe fait aussi référence à des obsessions, des problèmes sociaux, des troubles du langage, une certaine agitation, distraction, une habilité à causer des dégâts, un seuil de la douleur très élevé, et une hypersensibilité menant à des allergies. D’autres observateurs parlent de manque total d’organisation, d’ennui, d’excitabilité, d’insatiabilité, d’égocentricité, d’un manque d’amour-propre et de dépression.
l’autisme : J’ai inclus les neuf points de D. Mildred Creek et son équipe (Creek et al., 1961) dans ma représentation des symptômes d’autisme grave (Tableau 4) parce qu’ils attirent l’attention sur l’anxiété aiguë que ressentent fréquemment les enfants (point 6). On peut voir que les neuf points font partie des traits de personnalité que j’ai décrits. La différence entre les enfants atteints d’autisme et les autres enfants réside dans l’importance de ces traits qui perturbent les relations sociales normales et la communication (en particulier les traits associés à un état de retranchement et à une activité répétitive et compulsive).
Tableau 4
Les Neuf Points de L’Autisme
le syndrome de tourette: Le Tableau 5 illustre le fait qu’il y a un chevauchement considérable entre ce syndrome et les autres états; tous les symptômes peuvent être liés à la tension et à l’anxiété.
Tableau 5
Symptômes et Comportements associés au syndrome de Tourette, tels qu’ils sont listés par ‘Tourette Syndrome (UK) Association’
Signes essentiels
Tics moteurs et/ou vocaux
Troubles associés dans nombre de cas
Comportements obsessifs-compulsifs et ritualistes
Hyperactivité/hyperactivité avec déficit d’attention
Difficultés d’apprentissage
Troubles du contrôle de l’impulsivité, qui peut résulter en des actes agressifs ou socialement inacceptables; comportements provocants ou coléreux.
Troubles du sommeil, y compris le fait de se réveiller fréquemment ou de parler ou se promener en dormant.
la schizophrénie: Une étude faite en France par M. Bourgeois et J.J. Etchepare (1986) a comparé le comportement dans l’enfance de 35 adultes atteints de schizophrénie avec 35 contrôles (Tableau 6). On peut voir que les problèmes associés à l’anxiété avaient tendance à être plus communs chez les enfants qui devaient devenir schizophrènes plus tard.
Tableau 6
Comportement précoce de patients devenus schizophrènes
0 – 5 ans
|
|
Groupe des |
Groupe |
|
schizophrènes |
témoin |
|
|
Troubles du sommeil |
15 |
8 |
|
Difficultés alimentaires |
14 |
7 |
|
Plaintes somatiques |
12 |
11 |
|
Enurésie (après 4 ans) |
12 |
2 |
|
Enfants présentant des troubles du comportement |
14 |
5 |
|
Enfants calmes, sages, passifs, très dociles |
11 |
2 |
|
Enfants ayant reçu un traitement contre la nervosité |
||
|
Nervosité ou l’insomnie |
7 |
2 |
|
Enfants très timides |
6 |
3 |
|
Enfants hospitalisés dans leur enfance |
3 |
9 |
|
Affections organiques graves |
4 |
3 |
|
Souffrance périnatale |
3 |
3 |
|
1 |
1 |
|
Peurs et phobies |
2 |
2 |
|
Retard simple du langage |
2 |
2 |
6 à 12 ans
|
|
Groupe des schizophrènes |
Groupe |
|
Mauvais rendement scolaire |
17 |
11 |
|
Repli – isolement |
17 |
1 |
|
Manifestations phobiques, obsessionnelles |
12 |
5 |
|
Enurésie |
10 |
2 |
|
Rêveurs, dans la lune |
8 |
1 |
|
Anxieux |
6 |
0 |
|
Comportement agressif |
7 |
4 |
|
Comportement et idées bizarres |
6 |
1 |
|
Timidité excessive |
6 |
0 |
|
Plaintes somatiques répétées |
6 |
3 |
|
Affections organiques |
4 |
9 |
|
Troubles du sommeil |
4 |
2 |
On peut voir que les traits eux-mêmes constituent les symptômes de la dyslexie, d’états d’hyperactivité, d’autisme et du syndrome de Tourette. L’attribution d’un diagnostique dépend de la prédominance de certains traits par rapport à d’autres.
Les facteurs d’erreurs
Les facteurs qui peuvent prêter à confusion sont :
IMPLICATIONS
Implications pour la thérapie
Le mieux l’orthophoniste et les parents comprennent les traits de personnalité d’un enfant, le mieux ils comprendront ses problèmes et, en conséquence, les bénéfices pour l’enfant, les parents, l’orthophoniste et les services sociaux s’en trouveront agrandis. (Si l’enfant est assez âgé et assez capable, il peut être opportun de l’aider à comprendre son état, ce qui peut se révéler utile pour l’aider à acquérir une plus grande confiance en lui.) La thérapie devient plus efficace, créative, adaptable et gratifiante pour tous ceux qui sont concernés. Un traitement efficace et qui implique l’enfant et une approche préventive sont plus faciles à mettre sur pied (un traitement qui comprend aussi des stratégies d’enseignement spécifiques plus efficaces pour faire face à des troubles de lecture et d’écriture, à la dyspraxie verbale, etc.). Avec plus d’empathie, on est plus conscient du moment où une approche neutre est nécessaire et de la forme qu’elle devrait prendre, on est plus conscient du moment où et de la raison pour laquelle des louanges pourraient aller à l’encontre du but recherché, on est plus conscient du moment où on peut exploiter des habitudes répétitives en thérapie. L’enfant d’âge préscolaire dont la réticence et le besoin de statu quo l’ont conduit à un retard dans le développement de la parole ne requiert peut être aucune intervention directe. Il est possible qu’un simple support soit suffisant et que des conversations entre les parents et le thérapeute, la directrice de la crèche et l’enfant lui-même puissent contribuer à supprimer ou amoindrir tout facteur environnemental qui contribuerait à augmenter les niveaux d’anxiété et de tension; les parents seront sans doute soulagés d’apprendre que l’enfant n’est pas ‘arriéré’ et ils seront moins à même de comparer son développement avec celui d’autres enfants dans le voisinage.
Il faudrait trop longtemps pour s’étendre sur l’application complète en thérapie, mais les effets de cette approche sont expliqués en détail dans un livre (Sims, 2000).
Les implications pour les tests
Cette approche recommande une plus grande prise de conscience des cas où les tests sont appropriés et des cas où ils ne le sont pas – où quand de tels tests vont même peut être à l’encontre du but recherché parce qu’ils encouragent une attitude négative lorsqu’on les applique, telle que l’acte de déconnexion, l’arrêt de fonctionnement ou l’évitement des contraintes. Cette approche permet d’acquérir plus de perspicacité face aux résultats des tests. On devient plus conscient, par exemple, du moment où un enfant est incapable de fixer son attention pendant un test, ou du cas où un enfant hyperactif qui a un déficit d’attention produit une performance exceptionnellement bonne parce qu’il est stimulé et fasciné par la variété et l’attention individuelle qu’il reçoit dans une telle situation. Un autre enfant peut paraître moins atteint qu’il ne l’est parce que le test est très structuré, factuel et impersonnel, l’administrateur le regardant rarement dans les yeux ; une connaissance des traits de l’enfant aidera à apprécier ses facteurs plus rapidement.
Proportions et Recherche
Le Tableau 7 montre que les problèmes affectent le genre masculin de façon plus prononcée. La concordance remarquable entre les proportions homme / femme suggère des facteurs communs de cause. Il est intéressant de spéculer que puisque les hommes ont évolué en chassant et en se battant ils ont dû être plus agressifs que les femmes et par conséquent posséder plus de tension inhérente, ce qui leur cause davantage de problèmes développementaux.
Tableau 7
Proportion selon le sexe (M / F) pour certains etats
(Information obtenue auprès des associations compétentes)
|
M : |
F |
|
|
Bégaiement |
3–4 : |
1 |
|
Autres troubles du langage et de la parole |
3 : |
1 |
|
Syndrome de Tourette |
3–4 : |
1 |
|
Autisme (sauf syndrome d’Asperger) |
4 : |
1 |
|
Syndrome d’Asperger |
6–10 : |
1 |
|
Hyperactivité/hyperactivité avec déficit d’attention |
3–4 : |
1 |
|
Dyslexie |
3–4 : |
1 |
Il se peut que l’avenir confirme une association entre l’anxiété et une variété de syndromes et de problèmes physiques. Bulbena et ses collègues en Espagne (1992) ont étudié l’association entre le syndrome de l’hypermobilité des articulations (JHS) et les troubles d’anxiété. En particulier, ils ont noté une grande incidence de panique et de phobies chez les cas de JHS. Une étude britannique de jumeaux effectuée par Bailey et ses collègues (1995) suggère que certains aspects du développement anormal des individus autistes apparaissent tôt dans la période de gestation (e.g., des aspects congénitaux mineurs), et que l’autisme est un trouble à forte tendance génétique et neuropsychiatrique. Il est donc logique de considérer que l’anxiété pourrait être une propriété d’influences génétiques précoces (en même temps qu’un effet des hormones de stress de la mère) et qu’elle pourrait affecter le développement et le comportement périnatal. Liley (1991) fait remarquer que l’utérus de la femme enceinte est un endroit très bruyant où le fœtus est actif et où il réagit ; il demande qu’on accorde considération et respect à la personnalité et au comportement du fœtus. Righetti (1996) conclut que la période prénatale est caractérisée par de nombreux incidents émotionnels pour le fœtus.
Il est très probable qu’une recherche complète des traits de personnalité des enfants agrandirait notre connaissance du développement linguistique mais aurait aussi de plus vastes implications. Elle pourrait être très bénéfique dans notre domaine. Il serait utile de savoir, par exemple, si et dans quelle mesure certains traits pourraient être plus particulièrement associés à des problèmes comme le bégaiement. Existe-t-il des caractéristiques particulières des traits qui sont difficiles à identifier ?
Conclusion
Quand les enfants ont des problèmes d’apprentissage, des problèmes sociaux ou mentaux, on peut généralement retracer des traits de personnalité liés à l’anxiété et à la tension manifestes dans leur petite enfance. Ces traits semblent souvent être présents depuis la petite enfance ou même depuis la naissance. Beaucoup de troubles du langage et de la parole, l’autisme, le syndrome d’Asperger, la dyslexie, l’hyperactivité, les troubles d’hyperactivité avec déficit d’attention, la dyspraxie et les troubles du comportement sont soit des traits ou sont associés à des traits liés à la tension et à l’anxiété qui peuvent varier et recouper d’une façon apparemment fortuite des traits appartenant à d’autres états. La condition de chaque enfant est unique et que nous l’appelions autiste, dyslexique, hyperactif ou que nous disions qu’il souffre de déficience linguistique spécifique ou du syndrome de Tourette, etc., dépend des traits qu’il manifeste et du degré auquel ils sont apparents ou dominants. Nous devons comprendre un enfant à travers ses traits liés à l’anxiété et à la tension pour comprendre à fond ses problèmes ou son état. Ceci nous permettra de nous assurer que l’aide que nous offrons est vraiment sensible et adaptée et que nos services sont efficaces.
REFERENCES
Angold, A., (1988). Childhood and adolescent depression 11: research in clinical populations. British Journal of Psychiatry, 153, 476–492.
Bailey, A., Le Couteur, A., Gottesman, I., Bolton, P., Simonoff, E., Yuzda, E. and Rutter, M., (1995). Autism as a strongly genetic disorder: evidence from a British twin study. Psychological Medicine, 25, 63–77.
Bourgeois, M. and Etchepare, J.J., (1986). Les schizophrènes avant la schizophrénie. Enquête comparative et statistique sur les antécédents infantiles de 35 schizophrènes et de 35 sujets de contrôle. Société Médico-Psychologique, 144, 757–766.
Bulbena, A., Duró, J.C., Porta, M., Martín-Santos, R., Mateo, A., Molina, L., Vallescar, R. and Vallejo, J., (1993). Anxiety disorders in the Joint Hypermobility Syndrome. Psychiatry Research, 46, 59–68.
Creek, M. et al., (1961). Schizophrenic syndrome in children. British Medical Journal, 2, 889–890.
Douche, C., Barral, A., Winter, R., Dezard, X. and Zenatti, C., (1990). Les strabismes secondaires à des troubles psychologiques. Bulletin des Sociétés d'Ophtalmologie de France, 90, 59–61 & 64.
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