Summary
Sommaire Texte
en anglais
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Entraînement à la reconnaissance phonologique comme thérapie indirecte des troubles de la parole
Angela Hurd and Diana McQueen
Speech and Language Therapy Department.
Glebefields Heaith Centre St Mark's Road
TIPTON
West Midlands
DY4 OUB
Tel: 0121 557 9681
Fax: 0121 557 0661
Sandwell, région dans laquelle cette étude a été réalisée, est un district urbain typique avec les difficultés qui en découlent et qui sont liées au niveau socio-économique, à l'éducation et à la santé.
Des tests officiels annuels dans les disciplines clés produisent des tableaux de classement qui permettent de comparer les résultats dans toutes les écoles d'Angleterre et du Pays de Galles.
Soit dit en passant, la validité de telles comparaisons peut être remise en question étant donné la diversité des bassins de recrutement des écoles. Cependant la place quasi permanente de Sandwell en bas des tableaux reste toujours préoccupante. Donc il y a eu un besoin croissant de s’occuper du problème.
Etant donné que beaucoup d’études, comme par exemple celle de Bradley and Bryant (1983), ont montré qu’il y a un lien entre la reconnaissance des sons et le développement ultérieur des capacités de lecture, un programme destiné à enseigner la capacité de reconnaissance phonologique aux enfants de 3 ans 3 mois à 4 ans 2 mois a été mis en place.
Cependant, en tant qu’orthophonistes pratiquants, nous avons centré notre travail de reconnaissance phonologique sur les enfants qui avaient des problèmes de langage.
Le grand nombre d’enfants qui présentaient des troubles du langage signifiait que nous avons constamment été gênés par la limitation des moyens. Il y a eu une pression croissante pour traiter ces enfants en groupe afin qu’un plus grand nombre puisse être prise en charge. A cause de la charge imposée par le nombre élevé de cas suivis par les orthophonistes, certains enfants ont été considérés comme peu prioritaires. Cependant aux yeux des enseignants de maternelles, ils avaient besoin d’une thérapie et étaient considérés comme difficiles à comprendre à la fois par le personnel et par les autres enfants.
Au vu des précédentes études, Webster et Plante (1992) ont conclu que la " capacité à distinguer les phonèmes était liée à la capacité phonologique primaire ". Ensuite ils ont étudié d’autres cas d’enfants présentant des difficultés de production de langue et ont découvert que les enfants présentant des troubles du langage tels que ceux diagnostiqués par le Goldman-Fristoe Test of Articulation (1986) avaient des déficiences concomitantes en reconnaissance des sons.
Cela nous a mené à nous demander si un travail sur la reconnaissance phonologique pourrait nous aider à résoudre les difficultés de production de parole.
Etant donné qu’il semblait y avoir un lien entre la reconnaissance des sons et la production de parole, nous avons demandé aux enseignants de six écoles maternelles d’identifier les enfants qu’ils considéraient comme " inintelligibles ". La définition fut laissée à leur propre interprétation. Parmi 160 enfants provenant de 6 écoles, 58 enfants furent repérés. Tous les enfants furent évalués avec le " Edinburgh Articulation Test " (Anthony, Bugle, Ingram 1971). Ce test est un test d’évaluation standard qui permet d’attribuer un score et une équivalence d’âge pour l’articulation d’un enfant au niveau du mot
L’ " Edinburgh Articulation Test " nous a permis d’éliminer les enfants se trouvant dans les normes d’après leurs performances dans ce test.
24 enfants furent détectés comme présentant des troubles du langage.
34 étaient en fait dans les normes.
Sur les 24 enfants étudiés, 12 furent mis dans le groupe expérimental et 12 dans le groupe témoin.
Tous étaient des locuteurs natifs monolingues.
Tous les enfants furent également évalués par le " Phonological Awareness Assessment ", test de reconnaissance phonologique conçu pour notre étude qui consiste en une série de tests subis à partir d’images et destinés à évaluer un éventail des composantes de reconnaissance phonologique ( par exemple la rime, " l’attaque " des mots et la reconnaissance des syllabes).
Ensuite les enfants du groupe expérimental ont suivi pendant 16 semaines le programme de travail sur la reconnaissance phonologique. Ce programme était composé d’activités destinées à enseigner les capacités essentielles d’attention, d’écoute, les concepts linguistiques d’ " attaque " des mots ainsi que la détection des rimes, des sons initiaux, la correspondance phonème-graphème et la capacité à reconnaître les syllabes.
A la suite du programme qui fut appliqué en groupe, quotidiennement, par un personnel qualifié, tous les enfants furent réévalués avec les deux tests.
On peut voir d’après le tableau 1, en utilisant le " Wilcoxon Test " (abrégé), qu’il y a eu un changement significatif pour les deux groupes dans les résultats au " Edinburgh Articulation test ".

Vue en histogramme, il est clair que la configuration générale des deux groupes est similaire.
Au regard des résultats du test de reconnaissance des sons, une différence significative fut établie pour le groupe expérimental qui avait suivi le programme d’orthophonie mais pas pour le groupe témoin.

On peut constater que les enfants du groupe expérimental ont obtenu des résultats bien supérieurs à ceux du groupe témoin – même si au départ ils étaient similaires.
En utilisant " Spearmans Rank Order " nous avons cherché à déterminer s’il y avait une relation significative entre la capacité à reconnaître les phonèmes (évaluée avec le Phonological Awareness Assessment) et la production de parole (évaluée par l’Edinburgh Test of Articulation). Aucune relation statistiquement significative n’a été trouvée. En d’autres termes :
Nous avons trouvé que la capacité de reconnaissance phonologique ne permet pas de prédire de façon significative l’âge auquel l’enfant parlera.
Les résultats de cette étude montrent qu’il y a une amélioration significative dans la production des phonèmes quand il y a eu un travail fourni sur la reconnaissance phonologique. Cependant, le groupe témoin a aussi fait des progrès significatifs. Cette découverte est intéressante car elle remet en cause le type de travail fait avec les enfants et la façon dont les décisions sont prises à propos de ceux qui reçoivent un traitement et de ceux qu’on laisse en attente. On peut remarquer par exemple que certains enfants n’ont pas amélioré leurs résultats à l’ " Edinburgh Articulation Test ".

En effet quatre enfants du groupe expérimental et trois du groupe témoin ont obtenu des résultats plus faibles. Après réévaluation, les différences étaient plus grandes pour les sujets du groupe témoin. Cependant il n’y a pas de correspondance significative entre l’ " Edinburgh Articulation Test " et le " Phonological awareness assessment ". Ceci peut être dû à plusieurs facteurs. Des découvertes semblables ont été signalées par Leitae, Hogben and Fletcher (1997). Ces derniers n’ont pas trouvé de relation entre le niveau d’élocution et le niveau de reconnaissance phonologique mais ils ont ensuite défini des sous-groupes d’enfants.
Etant donné que le test d’élocution ne donne qu’une image instantanée de la production de l’enfant, on pouvait aussi étudier la question sous l’angle de la variabilité et de la cohérence. Pour une analyse qualitative de la production de parole de leurs sujets, ils ont identifié les enfants qui étaient en retard, ceux qui étaient déviants réguliers et déviants irréguliers. Parmi ces trois groupes, seuls les " déviants réguliers " avaient une faible capacité de reconnaissance phonologique. Peut-être est-il utile d’évaluer les enfants de notre étude plus en détail.

Tout le groupe expérimental a fait des progrès significatifs en suivant l’entraînement à la reconnaissance phonologique contrairement au groupe témoin. Cependant nous ne savons pas encore si ceux qui présentaient des difficultés de parole ont eu des résultats inférieurs aux sujets de l’autre étude. En dépit des progrès réalisés nous avons été confortés dans notre opinion qu’un diagnostic précis et spécifique, utilisant un modèle psycholinguistique, devrait précéder tout programme général d’enrichissement. Pour en revenir à notre question première -" est-ce que l’apprentissage de la reconnaissance phonologique conduit à une amélioration de la parole "- la réponse est oui mais le groupe témoin qui n’a pas suivi l’entraînement a aussi réalisé des progrès significatifs dans la production de parole. Nous devons aussi cerner le niveau de l’insuffisance plus attentivement et déterminer si les difficultés articulatoires de l’enfant que nous avons perçues sont de nature phonétique. Dans nos efforts pour trouver des solutions rapides, il se peut que nous appliquions des traitements qui sont inefficaces et exigeants en moyens. C’est une leçon pour le clinicien comme pour l’administration. Attention aux interventions précipitées !

References
Anthony A, Bogle D, Ingram T (1971), The Edinburgh Articulation Test, E and S Livingston, Edinburgh
Bradley L and Bryant P (1983), Categorising Sound and Learning to Read - A Casual Connection, Nature 301 : 419-421
Catts H (1993), The Relationship Between Speech – Language Impairments and Reading Disabilities, Journal and Speech and Hearing Research 36 : 948 – 958
Leitao S, Hogben J and Fletcher J (1997), Phonological Processing Skills in Speech and Language Impaired Children, European Journal & Disorders & Communication 32 : 73 – 93
Webster P and Plante A (1992), Effects of Phonological Impairment on Word, Syllable and Phoneme Segmentation and Reading. Language, Speech and Hearing Services in School 23 : 176 - 182